Système de soins
Le cri d’alarme de Médecins du monde

Dans son baromètre annuel sur l’accès aux soins des plus démunis, Médecins du monde dénonce une situation sanitaire particulièrement dégradée et annonce une véritable crise humanitaire pour 2012.
Les chiffres ne trompent pas : en deux ans, le nombre de consultations médicales et dentaires dans les centres de Médecins du monde (MDM) a augmenté de 10 %. Dans son dernier baromètre sur l’accès aux soins des plus démunis, l’ONG tire la sonnette d’alarme. « Une étape supplémentaire a été franchie en 2010-2011 dans le rejet des plus vulnérables hors du système solidaire d’accès aux soins », dénonce-t-elle.Pour MDM, « [le] démantèlement du droit à l’accès aux soins et [les] expulsions systématiques sans proposition de relogement, [ainsi que la] baisse globale du financement de l’hébergement ont des effets désormais quantifiables et catastrophiques sur la santé des personnes ». Sur le terrain, Médecins du monde est désormais confrontée à des publics en « logique de survie », qui font face à « des situations d’urgence sanitaire ». La quasi-totalité de ses patients vivent sous le seuil de pauvreté, c’est-à-dire avec moins de 954 euros de revenus mensuels.
12 % des patients ont moins de 18 ans
Outre l’augmentation de la fréquentation des centres de santé MDM, le baromètre nous apprend que près de la moitié des patients auscultés en 2010 avaient besoin d’une prise en charge d’au moins six mois. Autre enseignement : 8 % des femmes enceintes reçues vivent à la rue et la moitié présentent un retard de suivi de grossesse. La précarité grandissante n’épargne pas les enfants : près de 12 % des patients de l’ONG ont moins de 18 ans et la moitié de ces mineurs est âgée de moins de 7 ans. « Seuls un tiers des enfants de moins de 6 ans reçus pour la première fois [...] sont à jour dans leurs vaccinations », précise le rapport, qui relève par ailleurs un retour des endémies de la misère comme la tuberculose.
Difficulté à faire valoir ses droits
La situation générale est d’autant plus dramatique que « la plupart des patients ne connaissent pas toujours leurs droits en termes de couverture maladie, alors que 76 % pourraient y avoir accès », ajoute Médecins du monde. D’autres ne parviennent tout simplement pas à faire valoir leurs droits sans l’assistance d’un travailleur social, par exemple pour la constitution d’un dossier de CMU. Par ailleurs, actuellement en France, 4 millions de personnes n’ont pas de complémentaire santé. Or, selon l’enquête « Santé protection sociale 2008 », 30 % des personnes non protégées par une complémentaire ont renoncé aux soins.
D’après ce rapport, toutes les conditions sont aujourd’hui réunies pour le développement d’une véritable crise humanitaire en 2012. Dans cette optique, « les candidats aux présidentielles auront à se prononcer sur les choix qui ont directement à voir avec la manière de vivre ensemble et de se soigner qu’ils proposent aux Français pour les années à venir », conclut l’ONG.
Mathilde Leroy - redaction mutualistes.com
Source
« L’accès aux soins des plus démunis, baromètre 2011 », Médecins du monde.
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