Système de soins23/02/2012

Contraception des mineures : des pistes pour développer un accès anonyme et gratuit

Le nombre croissant d’avortements des moins de 18 ans montre l’insuffisance de la contraception chez les adolescents. En cause, la difficulté d’accéder gratuitement et de façon anonyme à des contraceptifs pour les jeunes filles, qui portent trop souvent seules le poids de cette responsabilité. Dans un récent rapport remis à la secrétaire d’Etat à la Jeunesse, Jeannette Bougrab, la psychologue Sophie Marinopoulos et les gynécologues Israël Nisand et Brigitte Letombe proposent des mesures pour y remédier.

Les moins de 18 ans sont de plus en plus nombreuses à subir un avortement. L’an dernier elles étaient 12 000, contre 8 700 en 1990. Impossible de ne pas y voir un échec de la politique en faveur de la contraception.
C’est à partir de ce constat que le gynécologue Israël Nisand, sa consœur Brigitte Letombe et la psychologue Sophie Marinopoulos ont rédigé le rapport « Et si on parlait de sexe à nos ados ? Pour éviter les grossesses non prévues chez les jeunes filles* ». Ils l’ont remis le 16 février dernier à la secrétaire d’Etat à la Jeunesse, Jeannette Bougrab. Au total, les auteurs y formulent 18 propositions pour prévenir les grossesses accidentelles chez les adolescentes.

Rendre la contraception plus accessible

Parmi celles qui ont retenu l’attention de Jeannette Bougrab : le forfait contraception. « Aujourd’hui, on est dans cette situation paradoxale où la contraception d’urgence est gratuite et anonyme, mais pas la contraception régulière », déplore la secrétaire d’Etat. En fait, seuls les centres de planification garantissent l’anonymat et la gratuité, mais, comme le pointe le rapport, ils sont difficilement accessibles dans les zones rurales, et de plus à des horaires contraignants. Ce forfait contraception permettrait à toutes les mineures d’obtenir gratuitement des moyens contraceptifs auprès d’un pharmacien. Financés par la Sécurité sociale et les laboratoires à hauteur de 7 euros mensuels, ils seraient directement remboursés à partir d’une feuille de soin anonyme.

Ne pas laisser les adolescentes seules face à cette responsabilité

Mais le rapport cherche aussi à diversifier les moyens d’éviter ces grossesses précoces en s’adressant aux autres acteurs potentiels de la contraception. Les auteurs proposent en particulier de diffuser et de prescrire plus largement des contraceptifs à l’attention des jeunes hommes, afin de les éduquer et de les responsabiliser davantage.
Les parents sont également ciblés : d’un obstacle, les auteurs souhaitent en faire un relai d’information vers leurs enfants. Les campagnes médiatiques pourraient ainsi leur être adressées directement et les renseigner sur les dispositifs prévus pour l’accompagnement des jeunes.

Julien Jeffredo 

Sources

* Un livre issu du rapport, Et si on parlait de sexe à nos ados, est également publié aux éditions Odile Jacob.

 

Sources
- Rapport « Et si on parlait de sexe à nos ados ? Pour éviter les grossesses non prévues chez les jeunes filles », de Sophie Marinopoulos, Israël Nisand et Brigitte Letombe.




Santé16/02/2012

Prise en charge de l’autisme : la psychanalyse en disgrâce

Après plusieurs décennies d’hégémonie dans le traitement de l’autisme en France, l’approche psychanalytique est désavouée par les autorités sanitaires. En cause, sa culpabilisation des parents, son manque de fondements scientifiques et son insuffisance en termes de résultats. Les thérapies alternatives, jusqu’ici ostracisées par la psychanalyse, pourraient en profiter.

« L’absence de données sur leur efficacité et la divergence des avis exprimés ne permettent pas de conclure à la pertinence des interventions fondées sur les approches psychanalytiques, ni sur la psychothérapie institutionnelle. » La phrase, extraite du rapport de la Haute Autorité de santé (HAS) à paraître le 6 mars (et dévoilé par Libération le 13 février), est un tournant dans l’histoire de la prise en charge de l’autisme. Le désaveu de la psychanalyse est clair. Elle appartient désormais à la classe des « interventions non recommandées ou non consensuelles ». Les autorités sanitaires françaises s’alignent ainsi sur les recommandations internationales.

Une approche archaïque ?

Il faut dire que la France est l’un des derniers bastions du traitement psychanalytique des troubles envahissants du comportement (TED), dont l’autisme fait partie. Pourtant, les griefs ne manquent pas du côté des familles de malades.
La faute des parents, ou, plus précisément, un problème relationnel entre l’enfant et sa mère : c’est, pour l’essentiel, l’explication de l’autisme privilégiée par les psychiatres-psychanalystes. A cette culpabilisation sans arguments scientifiques s’ajoute l’inefficacité du traitement. A commencer par le diagnostic, que les psychiatres sont parfois réticents à poser, préférant parler de trouble affectif, voire de psychose, plutôt que d’autisme. D’année en année, les neurosciences ont cependant invalidé les théories psychanalytiques et prouvé les origines biologiques de la maladie. De leur côté, les associations réclament le droit de choisir la façon d’éduquer les enfants autistes.

Les thérapies alternatives

La fin de l’hégémonie de la psychanalyse pourrait bien favoriser d’autres thérapies, qui jusqu’à présent étaient mal acceptées en France. Les méthodes dites « comportementales », ou « éducatives », sont en revanche très utilisées en Amérique du Nord et en Scandinavie.
Appelées ABA* ou encore Teacch**, elles visent à adapter l’enfant autiste à son environnement et s’attachent à l’acquisition d’un comportement adéquat, sans chercher à soigner la maladie. Les tenants de l’approche psychanalytique dénoncent un dressage de l’enfant. Mais ces techniques, éprouvées à l’étranger, ont de plus en plus les faveurs des parents. Le débat devrait être nourri par le lancement, cette année, d’un plan pour l’autisme, décrété « Grande cause nationale 2012 ».

Julien Jeffredo 

Sources

* Applied behavioral analysis : analyse appliquée du comportement. ** Treatment and education of autistic and related communication handicapped children : traitement et scolarisation des enfants autistes ou atteints de troubles de la communication.

 

Source
- « Autisme : les psys réduits au silence », Libération, 13 février 2012.




OPHTALMOLOGIE Des progrès à vue d’œil

Dossier réalisé par Patricia Riveccio 03/01/2012

Avec le développement de la chirurgie au laser et la découverte de nouvelles molécules, l’ophtalmologie a accompli au cours des quinze dernières années d’énormes progrès. Elle a ainsi atteint un degré de sophistication très élevé pour corriger la plupart des anomalies de la vision et améliorer la prise en charge de pathologies comme le glaucome et la DMLA. Tour d’horizon des principales avancées d’une discipline à la pointe de l’innovation.

« En moins de vingt ans, constate le ­professeur Philippe Denis, chef du service d’ophtalmologie de l’hôpital de la Croix-Rousse, à Lyon, et président de la Société française d’ophtalmologie (SFO), toutes les composantes de l’ophtalmologie ont été révolutionnées  : la prise en charge des patients, l’organisation des soins, qui sont de plus en plus sophistiqués, et les traitements, qui ont bien évolué, dans le sens d’une plus grande efficacité, d’une réelle simplification, et ce pour presque toutes les patho­logies de l’œil. » Quelle chirurgie pour quelle anomalie de la vision  ? Myopie, presbytie, cataracte, autant d’anomalies de la vision qui relèvent aujourd’hui de la chirurgie. Nul n’est d’emblée condamné à porter des lunettes  : quelle que soit la situation (y compris en cas de troubles optiques associés), il existe des solutions potentielles pour s’en passer, grâce aux progrès de la chirurgie réfractive. Celle-ci utilise principalement le laser Lasik, qui vise à remodeler la cornée, et l’implantologie intra-oculaire. « L’objectif ancien de la chirurgie réfractive était d’améliorer l’acuité visuelle, mais actuellement, pour aller plus loin dans les résultats, on ne se contente pas d’améliorer la vision au maximum, on cherche également à obtenir une vision de qualité, ­souligne le professeur Denis. Le fait que l’on soit passé d’une chirurgie standard à une chirurgie personnalisée, “customisée”, permet de s’adapter aux spécificités de la cornée du patient et donc d’optimiser la qualité visuelle en post­opératoire. » > La (...)
Pour aller plus loin